• Conférences

Quand Magyd Cherfi nous parle de parité

Retour sur la conférence du 20 janvier 2017

  • //20.01.2017

    (Café d'accueil à partir de 14h)
  • Par Magyd CHERFI

Magyd CherfiOn le connaissait ambianceur de salles de concert, mais le 20 janvier dernier, c’est un tout autre Magyd Cherfi qui a répondu à l’invitation du Conseil de développement de Loire-Atlantique. Dans l’auditorium de l’Hôtel du département, le chanteur et parolier de Zebda a exposé sa vision de la parité, à travers le récit de son histoire personnelle. Ces deux heures de témoignage et d’échanges à bâton rompu s’inscrivait dans le cycle de conférence « Qui aura le pouvoir demain ? » proposé cette année par le Conseil de développement de Loire-Atlantique.

Disons-le, ce n’était pas franchement, ce vendredi là, des températures pour tomber la chemise. Alors, bravant le froid de cet après midi de janvier, Magyd Cherfi s’est contenté pour nous, de tomber le masque. Deux heures durant, l’ancien minot du quartier populaire des Izards à Toulouse a livré, à un auditoire attentif et curieux, son expérience de vie. Celle qu’il relate dans son dernier roman « Ma part de gaulois ». Au-delà de la schizophrénie identitaire du petit kabyle qu’il a été, dans la France dans années 70, Magyd Cherfi nous a livré le récit brut de son parcours initiatique. Apre parfois, poétique souvent, le parolier de Zebda nous a fait partager son chemin vers de l’égalité, sans GPS, à la force du tempérament. Ou comment, chez le jeune Magyd des années 80, le combat pour la diversité et la lutte pour la parité ont toujours marché main dans la main. Sa mère, ses sœurs, ses amies, Magyd Cherfi raconte ces femmes des cités qui ont façonné ce qu’il est : un homme avec sa part de féminité. Cette féminité qui lui permet dit-il, de « sentir la femme qui est en face de lui ». Avec ces mots aiguisés, il nous parle de ces mères qui rêvaient de liberté, d’insoumission ou de permis de conduire tout en distillant le machisme chez leurs enfants. Il évoque les rêves de femme libre de son amie Bija. Sauf que la « liberté c’est du muscle » et c’était « souvent, à l’époque, pour ces filles, trop cher payé ». Et si aujourd’hui, le chanteur écrivain estime que le désir de liberté est plus grand chez les femmes des quartiers, il y a aussi, regrette-t-il, beaucoup plus de démissionnaires, faute de protection de la République. Alors avec la gouaille de chanteur qu’on lui connait, Magyd Cherfi appelle l’auditoire au coup de force. Il faut plus que des décrets, pour faire de la place aux femmes. Alors motivé ?

Retrouvez l’interview Paroles d’acteurs de Magyd Cherfi ici  et le numéro de Tendances qui va lui être consacré.

  • Avec :
  • Magyd CHERFI

  • Chanteur, parolier mais aussi scénariste ou agitateur associatif, Magyd Cherfi, cet enfant de Toulouse, incarne encore pour beaucoup la fougue engagée de Zebda. Mais il est avant tout écrivain. Son troisième roman « Ma part de Gaulois » (Éd. Actes Sud) a obtenu le prix du Parisien Magazine fin 2016 et a été sélectionné pour le prix Goncourt.

     

Aller plus loin

Ma part de Gaulois

Les Izards, les quartiers nord de Toulouse, vous connaissez ? Certains en ont peut-être entendu parler aux infos mais en réalité, personne n’y met les pieds car les quartiers nord de Toulouse, ça ne se visite pas. Ça se vit. Et Magyd Cherfi , cette banlieue, il nous la fait vivre, il nous en fait sentir le pouls. Le terrain de foot, les barres d’immeubles, la rue Raphaël qui l’a vu grandir deviennent le théâtre de cette tranche de vie. Pour celui qui préfère Maupassant aux parties de foot, qui écrit des poèmes aux filles de son quartier et qui se rêve en Flaubert ou Baudelaire, l’adolescence sera sans pitié.

Oublié de cette France qu’il adore et rejeté par ses pairs, Magyd Cherfi , le « traître intello » trouve refuge auprès des grands écrivains français et laisse passer l’orage. Car il est l’élu, le ticket gagnant de cette mère omniprésente. Un pacte tacite les lie : il doit avoir le bac…

Ce livre sent le macadam, le sang, le shit et les coups, mais il transpire également de courage, de volonté et d’amour. Le récit de cet enfant issu de l’immigration, comme on dit nous projette dans la réalité de ces générations de laissés pour compte, notamment les femmes. Obligatoirement mères, filles ou épouses, toutes sont doublement sacrifiées au pilori du sexisme et du racisme ordinaire.